Festival International du Conte de Beyrouth: «Un moment de partage»

Conte

Le théâtre Monnot de Beyrouth, en partenariat avec l’Institut français du Liban, accueille depuis ce mardi 12 mars 2013 le 14ème Festival International du Conte et du Monodrame. Ce rendez-vous créé en l’an 2000 se déroule dans la crypte de l’Eglise Saint-Joseph où se relayent neuf conteurs francophones, venus des cinq continents.

A cette occasion, l’équipe de LOBJO a décidé de republier les entretiens que nous avions réalisés avec 4 grands conteurs participant au Festival l’an dernier: Kientega Pingdewinde Gerard (Burkina Faso), Victor Cova Correa (Venezuela), Stelios Pelasgos (Grèce) et Jihad Darwiche (Liban).

Le Conte est un moment de partage, d’éducation

Kientega Pingdewinde Gerard, dit KPG, est pour la 2ème fois au Liban après une première venue en 2009 dans le cadre de la Francophonie: « La réaction du peuple libanais était vraiment bonne, c’est ce qui m’a en fait permis de gagner le 2ème prix, catégorie « Conte » des VIème jeux de la Francophonie » précise KPG avec enthousiasme.

imagesDans ses contes, KPG s’inspire de ce qu’il voit, de ce qu’il lit, et de ses diverses cultures: « Je viens d’une culture diversifiée, ma mère vient de la culture des chefs de la terre (ce qui ont le pouvoir mystique autour de la terre) et mon père est lui forgeron ». Les histoires qu’il raconte viennent aussi de ce qu’il apprend des gens lors des soirées: «Là où je vais (dans plusieurs pays, en Afrique souvent) nous avons la culture des contes tous les soirs, les gens se regroupent et racontent des histoires, aujourd’hui c’est moins qu’avant, mais ça reste quand même important». Comédien de formation, il a lui-même du mal à définir les différences et similitudes entre un conteur et un acteur: «Selon mon expérience, sur le plan traditionnel, le conte n’était pas un spectacle. Au village, à l’origine, le conte était en famille, en groupe, tous les gens se regroupaient, un conteur racontait et tout le monde pouvait y participer». Pour lui, c’était un moment de partage, une partie de l’éducation. Il ajoute: « Le comédien passe plus de temps à incarner un personnage, il joue le personnage. Or, le conteur, lui, il dit le texte, raconte l’histoire. C ‘est vrai qu’il y a des comédiens qui racontent des histoires dans les spectacles mais c’est différent. Moi en tant que comédien, je me sers des outils de comédien, et je nourris mon conte pour qu’il puisse avoir une propre dimension. Chez le conteur c’est la parole qui est importante or chez l’acteur c’est le jeu qui s’ajoute»

téléchargementVictor Cova Correa s’inspire des contes millénaires, qui sont passés de bouche à oreille. Il trouve que ces contes changent, évoluent tout en gardant l’essentiel: « Il y a des histoires du passé qui ne continuent pas à être racontées (des romans, poèmes). On peut récupérer de là des choses qui ont été d’abord de l’oralité. On ne dit pas « Ah je vais raconter cette histoire parce qu’elle était connue ». C’est toujours des choses qui ressemblent à nous, quelque chose qui vient de nous. Il y a toujours une partie de nous même. Il y a quelque chose qui vient du lieu où on se trouve, du public présent… ».

Un conteur est aussi acteur et metteur en scène

images (1)Stelios Pelasgos explique: « Mon grand-père est un grec d’Izmir, et Beyrouth était toujours pour moi comme une ville d’origine. C’était le Proche-Orient
grec. J’ai des amis libanais et je m’entends très bien avec eux. C’est une ambiance dont je suis très familier. C’est comme chez moi»
.

Dans ses contes, il raconte son histoire et non un simple mythe préexistant: « Nous incorporons les contes. Il n’y a pas de récit qui a un corps. Son corps c’est notre corps. C’est juste la structure qu’on garde mais le texte c’est nous». Il a commencé comme acteur et metteur en scène. Il trouve que la différence entre un conteur et un acteur est énorme, et en même temps très subtil. «Le conteur est à la disposition d’un récit précis dans un temps précis. Il peut raconter plusieurs histoires selon le public, selon la situation, selon le contexte. C’est un auteur, metteur en scène et conteur en même temps. Tandis que l’auteur est seulement acteur. »

Le théâtre et le conte ont chacun leurs propres règles

téléchargement (1)Jihad Darwiche, le directeur artistique du Festival 2012, a grand plaisir à travailler avec des personnes qui viennent de différents pays, différentes cultures, ayant un même parcours artistique mais de différents points de vue: «L’écoute du conte est la même partout dans le monde. Le conte est raconté pour tous de la même façon (avec le cœur non pas la tête). Des fois, c’est la manière dont les conteurs s’expriment qui est différente (selon une culture et une autre, selon l’ambiance sociale)». Selon lui, c’esu au niveau du public que se situent les différences: certains applaudissent au milieu du conte, d’autres attendent la fin. Un public peut aimer un conteur plus qu’un autre conteur (en le trouvant peut être plus proche à lui.). «Il n’y a pas de peuples qui ne s’expriment pas fortement, intimement avec le conte.» 90% de ses contes sont des contes traditionnels, déjà existants. «Chaque conteur raconte à sa façon. C’est une tradition orale. Certains racontent avec les détails, d’autres sans les détails. C’est fondamental. Il n’y a pas de récit fixe. »

Un même conteur qui raconte le même conte plusieurs fois le change à chaque fois, il ajoute ou élimine à chaque fois des détails. Pour Jihad Darwiche, c’est l’absence du récit fixe qui fait la différence majeure entre un conteur et un acteur. «Le théâtre et le conte ont chacun leurs propres règles, mais par contre il y a beaucoup de ponts entre eux. Le théâtre a commencé à partir des histoires imaginaires, des contes traditionnels, qui ont été mis en scène. Et jusqu’aujourd’hui, on a des contes qui sont présentés dans les pièces de théâtre. »

Pour plus d’informations sur le 14ème Festival International du Conte et du Monodrame, voir ici sur le site de l’Institut français du Liban.

Maia Hamdoun.

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