Les ados du Sahel maitrisent aussi Photoshop

Lobjo a donné rendez-vous à Christopher Kirkley, à l’initiative de la projection « L’art digital du Sahel » (Le Comptoir général, 10ème arrondissement), l’occasion de parler avec lui de son histoire et d’art digital populaire. 

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C’est un explorateur d’un genre nouveau. Tombé dans la culture numérique à ses débuts, Christopher Kirkley quitte Portland (Oregon) pour le Sahel en 2009. Un voyage d’un an qui donne naissance à l’album Music from Saharan cellphones, qui recueille les principaux titres échangés par les jeunes maliens avec leurs téléphones portables.

Des trucs comme ca


Ou comme ca


« Je n’étais pas à la recherche de musique traditionnelle, c’est la musique moderne qui m’intéressait, celle qui connecte les jeunes. Il y a eu beaucoup de hauts et de bas au début. J’ai dû apprendre un peu le français, et ça prend du temps », raconte ce nouvel explorateur au détour d’un rendez-vous sur Skype.

Le Sahel, cette zone mystérieuse

« Le Sahel était un mystère, continue-t-il. J’ai pensé aller autre part comme en Asie centrale ou au Kazakhstan mais je voulais me rendre dans un endroit qui n’a pas d’existence et d’identité sur internet. »

Pour Christophe, la destination est toute trouvée: le Sahel.

« C’est très intéressant de voir comment ils [ndlr: les jeunes] transfèrent et échangent de la musique. Les téléphones portables sont très présents. Pendant les concerts, les gens enregistrent en permanence les artistes et partagent ensuite la musique par bluetooth ou directement en se donnant leur cartes sim », explique-t-il.

Et Facebook conquit le Sahel 

Cette quête de nouvelles sonorités va le mener à un autre projet. Quatre ans plus tard, en 2013, ce sont les multiples photos photoshopées qu’il découvre sur les téléphones portables qu’il décide d’exposer à Paris, au Comptoir Général (10ème arrondissement). Un contenu varié toujours marqué par l’engagement politique.

Christopher Kirkley
Christopher Kirkley

« J’ai commencé à collecter de la musique sur des téléphones portables. Je m’asseyais dehors et demandais aux gens de m’apporter leurs cartes mémoires. La plupart du temps elles contenaient aussi des images. Ils me disaient de les garder ainsi peu importe le contenu (portraits, images de propagande pro MNLA…). Les gens partagent n’importe quel genre de médias et avec les années, ils ont été beaucoup à rejoindre Facebook, se rappelle-t-il.

En 2009, personne ne connaissait Facebook à Kidal. Internet était absent. Au fil des années, Facebook a commencé à devenir plus influent et le MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad) a commencé à l’utiliser pour partager des informations. Grâce à ça, beaucoup d’entre eux sont devenus mes amis. J’ai vu les photos qu’ils postaient à partir de leurs téléphones ou de leurs ordinateurs, rapidement ils sont devenus très influencés pas les médias digitaux. »

Une rencontre avec les outils digitaux

Art populaire digital mais art quand même, ces images incarnent la rencontre entre une zone mise à l’écart du développement des outils digitaux avec un tout nouveau monde numérique.

« C’est de l’art populaire digital. La plupart du temps, c’est tout simplement des enfants qui s’amusent avec leurs ordinateurs. C’est la première fois qu’ils interagissent avec la culture digitale et utilisent le montage, les faux fonds… »

Photoshop au service du MNLA

Et dans ces images, ce sont souvent les mêmes thèmes qui reviennent: de l’argent, des armes… beaucoup de messages politiques. Ils ne se représentent pas en tant que combattants [ndlr: du MNLA] mais imaginent ce que leur pays pourrait être. Ils n’en ont pas et se battent pour en avoir un, ces photos sont ce qui s’en rapproche le plus. C’est une image forte et politique qui peut parfois s’apparenter à de la propagande. Elles inspirent les gens et les poussent à se battre. 

La plupart des images n’ont pas été crées pour la projection (au Comptoir général). Elles n’étaient pas destinées au monde mais à eux-mêmes. Ils veulent créer, ils veulent partager et ont donc été très heureux se se savoir exposés.

Maintenant avec Facebook et les digital medias, tout le monde peut être un artiste », conclue-t-il avant de mettre fin à notre interview tout aussi digitale.

Antoine Le Lay.

>> LE BLOG DE CHRISTOPHER KIRKLEY, SAHEL SOUNDS

>> LE SITE DE LA PROJECTION

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