Stainless ou le travelling hypnotique

Immenses carcasses de métal aseptisées glissant au coeur du néant, les wagons du métro, encore lancés à pleine vitesse, entrent en gare… C’est l’occasion pour le photographe hongrois Adam Magyar de filmer les passagers patientant à quai, anecdotes humaines visibles (risibles ?) au travers des fenêtres.

Pour son projet artistique intitulé Stainless (comprenez Inoxydable), l’artiste s’est placé à l’intérieur d’un métro arrivant à la station de Shinjuku de Tokyo pour filmer, en slow motion, les passagers faisant le pied de grue sur le quai. Capturées grâce à une slit-cam industrielle reprogrammée pour répondre à ses besoins, les images, entre photographie et film, rendent la scène hypnotique. En mouvement. Et pourtant comme figée dans le temps. Une temporalité oscillant entre fugacité et durée.

Ces sculptures humaines ont chacune leurs histoires et leurs individualités qui leurs sont propres. Certaines, sans doute éreintées par leur quotidien, se laissent porter passivement, laissant deviner sur leurs visages les affres d’une nuit agitée. Certaines plaisantent ou s’isolent dans leurs musiques. Tandis que d’autres semblent s’affairer à quelques urgentes occupations… Mais toutes se rejoignent en un destin commun : un départ, une direction, et cette intention d’arriver à destination.

Indivudualité et temporalité

La voiture du train « pourrait être considérée comme la société ou nos esprits », explique Magyar. « Il y a des phases de notre vie où les gens viennent se joindre à nous, et décider plus tard de partir, et tout ce que nous savons sur le monde est ce que nous voyons dans cette voiture… [Elle] nous protège, nous aide à aller d’un point A à B, mais c’est aussi une cage qui nous empêche de voir le monde dans son ensemble. » L’artiste envisage ainsi les individus dans ce flux comme de simples composantes de paysages citadins, telles des particules à l’intérieur de structures artificielles. Au-delà de son aspect visuel hallucinant ou de l’originalité technique de la prise de vue, c’est une véritable réflexion sur notre approche à l’individuilité et la temporalité moderne que nous propose l’artiste.

Preuve est faite qu’il n’y a pas que NKM à pouvoir accéder à ces « moments de grâce »…

Finaliste des International Photography Awards dans les catégories Beaux-Arts mais aussi Special en 2009, Adam Magyar fut aussi récipiendaire du prix Lens Culture International Exposure en 2010. Depuis bientôt dix ans, ses oeuvres ont été exposées dans de nombreux pays: en Finlande à l’occasion de la Biennale de la Photographie d’Helsinki, au musée ethnographique de Budapest en Hongrie, au Centre pour la Photographie ainsi qu’au Musée des Beaux-Arts de Houston aux Etats-Unis. De même, elles ont su trouver leur place dans les collections de la Deutsche Bank en Allemagne, du Heritage Museum de Hong-Kong et du Bidwell Project dans l’Ohio. Parmi ses nombreuses publications, In the Life of Cities, de Mohsen Mostafavi en collaboration avec l’Ecole de Design de l’Université d’Harvard mais aussi Light and Lensde Robert Hirsch ont toutes deux souligné l’importance de ses travaux, de même que les magazines Digital Camera (Grande-Bretagne),Discover (Etats-Unis), Zoom (Hongrie), AM Post(Hong-Kong)

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