Bons baisers de Russie

L’antenne russe de l’association Human Rights Watch (HRW) a fait circuler depuis une semaine une vidéo « coup de poing » sur le net. Cette compilation dénonce les violences et humiliations subies par la communauté homosexuelle ou transgenre dans un pays en pleine célébration des Jeux Olympiques d’hiver.

Selon l’ONG, les déclarations homophobes des dirigeants et fonctionnaires politiques exposent les personnes LGBT (Lesbienne, Gay, Bi, Transgenre) à encore plus de violence alors même que l’inaction des autorités encourage les auteurs de ce type de harcèlement. Viachslave Revin, directeur de l’ONG LGBT Assistance, a dû fuir l’hystérie homophobe russe : « Après l’adoption par la Douma, de la loi sur l’interdiction de la propagande homosexuelle, le chef de la police spéciale de lutte contre l’extrémisme, Nijni Novgorod a commencé à m’avoir à l’œil. Il a promis de me trouver et de me démonter, ce qui pouvait signifier soit me cogner soit m’intimider. Je n’ai pas attendu de le savoir exactement, je suis parti. »

Loi polémique 

En effet, en juin dernier, le gouvernement russe de Poutine a promulgué une loi controversée punissant de lourdes amendes ( de 120 euros à de la prison ferme pour certains cas) tout acte de « propagande » homosexuelle devant mineur. En Russie où l’homophobie est largement répandue (88 % des Russes soutiennent l’interdiction de la « propagande » homosexuelle) la situation est de plus en plus inquiétante. Depuis quelques mois, un groupe néonazi russe a entamé une campagne d’intimidation et de violences contre les gays sous couvert de la lutte contre la pédophilie. Leur but: empêcher les homosexuel(le)s de vivre normalement. Ils s’organisent à travers un groupe « Occupy Pedophilyaï » et sont très virulents sur internet.

Leur mode opératoire: en empruntant une autre identité, ils entrent en contact, via VK (équivalent russe de Facebook), avec une personne qu’ils soupçonnent d’être homosexuel. Ils donnent ensuite rendez-vous à leur cible en se faisant passer  pour un homo à la recherche d’un partenaire. Le piège se referme alors sur la victime. Filmée et encerclée par une dizaine de militants homophobes, la cible se retrouve contrainte d’avouer son homosexualité ainsi que son identité. La vidéo est ensuite largement diffusée sur les réseaux sociaux. Certains clips les montrent dans des situations dégradantes, déshabillés ou forcés de tenir un godemiché. Ils sont aussi souvent tabassés et torturés. Mais à chaque fois le rituel est le même: les homophobes lui renversent sur la tête une bouteille remplie de leur urine.

 Homophobie d’état

Comme son nom l’indique, «Occupy Pedophilyaï» se targue d’identifier et de dénoncer des pédophiles et homosexuels. Ils auraient des bureaux dans plus de 30 villes en Russie, Biélorussie, Ukraine et Moldavie et leur page internet est suivie par plus de 78 000 personnes. Chaque jour de nouvelles vidéos apparaissent et  les exemples se multiplient, le dernier meurtre homophobe filmé a eu lieu en mai dernier : un homme a été lapidée dans une cour d’immeuble par ses voisins qui le croyaient homosexuel.

Leur chef : Maxim Martsinkevich dit « Tesak » (Machette), néonazi convaincu, ancien leader du bras armé d’une organisation d’extrême droite. Il a déjà été condamné a 3 ans de prison pour « incitation à la haine raciale et violences ». Il en est sorti en 2010 et depuis, il s’est entièrement consacré à son « association ». Slate.fr et Human Rights Watch rapportent que Martsinkevich a de nouveau été arrêté par les autorités russes le 27 janvier à l’aéroport de Moscou et qu’il est poursuivi pour «extrémisme» pour des faits apparemment non-liés avec les violences perpétrées par son groupe contre les personnes LGBT. Il encourrait  jusqu’à 5 ans de prison. « C’est important de savoir à qui on a à faire » déclare Kochetkov. Mais pour lui, le plus inquiétant est presque ailleurs : « Ils n’ont même pas à se cacher » déplore-t-il.

Selon un sondage réalisé en 2010 par le centre sociologique Levada, 38% des personnes interrogées estiment que l’homosexualité est une perversion, 36% une maldie et seulement 25% pensent qu’il faut laisser les homosexuels en paix.A ce jour une seule enquête a été ouverte. Les associations de défense des droits LGBT dénoncent une complicité des autorités qui encouragent l’amalgame entre pédophilie et homosexualité. Ils appellent cela l »homophobie d’état ».

Vivien Drouillas et Antoine Leblanc

Attention les vidéos ci-dessous contiennent des images qui peuvent heurter la sensibilité du public.)

traduction du dialogue: http://www.marianne.net/Russie-la-chasse-aux-homos-version-2-0_a231405.html

http://www.spi0n.com/les-milices-anti-gays-en-russie/

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