Stagiaire : la nouvelle profession précaire

Le stage permet (en théorie) aux étudiants de mettre un pied en entreprise. Bien que protégé par la loi, le stagiaire doit cependant faire face à de plus en plus d’abus, pour toucher entre 0 et 3 euros maximum de l’heure.

Le statut du stagiaire fait actuellement l'objet de controverses, jusqu'au gouvernement. (/Source : smni.fr).
Le statut du stagiaire fait actuellement l’objet de controverses, jusqu’au gouvernement. (/Source : smni.fr).

Par Amel Bouchekouk

En se baladant dans les rues de Paris, on ne peux s’empêcher de lever les yeux vers le sommet (parfois délabrés ) des riches bâtiments haussmanniens, et de se demander quels sont ces étudiants courageux qui s’y cachent. Venus accomplir leurs projets à la capitale, ils acceptent de vivre dans ces chambres de bonne, seuls logements dans leurs moyens. Des petites fenêtres mal éclairées, il y en a des milliers ici.

Au fil des années, et encore plus avec la crise, la collocation « étudiant précaire » semble être passée dans l’usage français. On en connaît tous, on en a une vision nette, parfois stéréotypée (du jeune qui aime sortir tous les soirs faire la fête, par exemple). Mais au-delà de cette image pas très valorisante, se cache un réel statut, qui n’apparaît ni dans les statistiques du chômage, ni dans les chiffres des plus grandes entreprises. Un personnage invisible dans la société, pas tout à fait actif -quoi que devant souvent travailler pour financer ses études : le stagiaire est partout.

STAGE ACCEPTE : UN CADEAU EMPOISONNE

A côté des stages « café-photocopie » qu’offrent de très grandes entreprises, les annonces proposant une réelle collaboration avec l’étudiant fleurissent sur internet, notamment dans le domaine de la communication, et du journalisme. Une véritable opportunité pour l’apprenant de se forger une première expérience, mais souvent aussi une lourde responsabilité, que l’étudiant n’est pas toujours en mesure de gérer. En effet, le stagiaire a des comptes à rendre, l’on attend de lui des résultats toujours plus quantitatifs autant que qualitatifs, et ce en un temps minimum. Une situation aujourd’hui banale, et souvent mal vécu. Quand le stress et la pression de produire se généralisent, c’est toujours au détriment du stagiaire, qui ne trouve pas toujours appui, ni oreille attentive, au sein de l’équipe de salariés à laquelle il est affecté.

Pour l’entreprise qui accueille l’étudiant, le stage apparaît dès lors comme l’occasion de bénéficier de services à coûts dérisoires, voire nuls. Avec la crise touchant tous les secteurs d’activité, et à tous les niveaux, cette pratique consistant à exiger un rendement maximum de ces étudiants, tend à se généraliser. Elle est toutefois illégale.

stress
A un niveau trop élevé, le stress réduit considérablement nos performances physiques et mentales. (Source : sport-passion.fr).

AU PIED DU MUR

En France, la convention de stage permet de protéger l’étudiant de ce genre d’abus, la loi « Cherpion » ayant renforcé cette protection il y a 2 ans. Elle confère à l’étudiant un statut d’apprenant, dont on ne peut, à ce titre, exiger de productivité comme pour un salarié.

En contrepartie, le stagiaire ne bénéficie que d’une gratification, obligatoire au-delà de 2 mois de stage, et qui ne dépasse pas les 410€ environ. Pour illustrer cette situation, l’exemple le plus marquant de ces derniers mois a sans doute été celui du PSG. Le club pourtant multimillionnaire avait publié une offre de stage en communication, et dont l’indemnité n’excède le solde minimum prévu par la loi. Mentionner une expérience avec un club de football aussi connu est certes valorisant, mais  cette ligne sur le CV justifie-t-elle que l’on accepte une telle somme, avec des revenus générés aussi élevés ?

stage_crise
La rémunération d’un stagiaire n’excède généralement pas 417 euros, soit la moitié du seuil de pauvreté en France. (Source : Google images).

Et là est la question. Quels sont les choix et recours de l’étudiant ? Il pourrait, bien-sûr, refuser de fournir une masse de travail estimée trop élevée, s’opposer au travail supplémentaire à domicile, ou dépassant les 35 heures hebdomadaires, justifiant de son statut de stagiaire.

Mais lorsque l’employeur rompt son contrat, ce sont au moins dix autres jeunes qui sont prêts à occuper sa place souvent ingrate… Au bénéfice de leur CV, mais avant tout, au bénéfice de l’entreprise, qui au terme des 2 mois, trouvera un autre successeur : un « étudiant précaire » de plus.

Pour aller plus loin : tout ce qu’il faut savoir sur les droits du stagiaire.

Sois stage et tais-toi, un recueil de témoignages de stagiaires publié par Génération précaire.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s