L’affaire «Penelopegate» qui embarrasse Fillon

Penelope Fillon est soupçonnée d’avoir occupé des emplois fictifs comme assistante parlementaire. Selon le Canard Enchaîné, qui révèle l’affaire, elle aurait touché 500.000 euros d’argent public. La justice a ouvert une enquête.

«Il y a une injustice sociale entre ceux qui travaillent dur pour peu et ceux qui ne travaillent pas et reçoivent de l’argent public». Rédigé en septembre 2012, ce tweet de François Fillon dénonçant les «castes bien établies» lui revient en boomerang aujourd’hui. Alors qu’il propose aux Français une cure d’austérité d’une «grande brutalité sociale», dixit Alain Juppé, les soupçons d’un emploi de complaisance très bien payé pour son épouse tombent mal, au moment où il tente de relancer une campagne dont la dynamique s’essouffle.

Tweet Fillon

Jusqu’à 7 900 € bruts par mois

L’hebdomadaire satirique affirme en effet que Penelope Fillon a été rémunérée de 1998 à 2002 comme attachée parlementaire de son mari, lorsque ce dernier était député de la Sarthe. Quand il est nommé Premier ministre en 2007, elle devient la collaboratrice de son suppléant, Marc Joulaud, avant de redevenir la collaboratrice de son mari, après que ce dernier a retrouvé son siège de député en 2012. Elle aurait perçu «environ 500 000 euros brut» d’argent public, en huit ans. Certains mois, elle aurait touché jusqu’à 7 900 euros brut.

Certes, il n’y a rien d’illégal pour un député à employer des «assistants familiaux», contrairement aux parlementaires européens. Mais encore faut-il qu’ils travaillent ! Or, selon le Canard Enchaîné, c’est loin d’être le cas de Penelope Fillon qui, en octobre 2016, avait déclaré dans un quotidien qu’elle ne «s’était jamais impliquée dans la vie politique de (mon) mari». Plusieurs témoignages mettent d’ailleurs en doute le travail effectif de l’épouse de l’ex-premier ministre.

Auteur d’une biographie de François Fillon, l’ex-membre du CSA Christine Kelly, a confié au Canard Enchaîné n’avoir «jamais entendu dire que Mme Fillon travaillait». Une déclaration qui, a-t-elle affirmé hier sur Twitter, lui a valu de recevoir des «menaces» et des «pressions» par téléphone d’une «équipe politique», qu’elle n’a pas nommée.

Depuis Bordeaux, où il était en déplacement hier avec Alain Juppé, François Fillon s’est insurgé : «Je vois que la séquence des boules puantes est ouverte (…) Je suis scandalisé par le mépris et par la misogynie de cet article», a-t-il déclaré. «Alors, parce que c’est mon épouse, elle n’aurait pas le droit de travailler ? Imaginez un seul instant qu’un homme politique dise qu’une femme, comme le dit cet article (celui du Canard Enchaîné, N.D.L.R.), ne sait faire que des confitures. Toutes les féministes hurleraient !», a ajouté le député de Paris. Entre le procès en misogynie et les «boules puantes», la ligne de défense de François Fillon, qui n’a à aucun moment infirmé le soupçon d’emploi fictif, laisse perplexe.

Le clan de l’ex-Premier ministre est venu à la rescousse pour tenter, laborieusement, d’éteindre le feu. Bernard Accoyer, le secrétaire général des Républicains, a précisé que la discrète Pénélope avait travaillé «dans l’ombre de son mari» d’où, probablement, son invisibilité. Le porte-parole de François Fillon, Thierry Solère, a réfuté en bloc les accusations.

«Une campagne de calomnie»

Alors, emploi fictif ou non ? Sur les réseaux sociaux, l’affaire, surnommée «Penelopegate», a enflammé les internautes, partagés entre amusement et indignation. «Plus fort que Hamon, #Fillon expérimente le Revenu Universel à 5 000 € sur son épouse» plaisante un twittos. «500 000 fonctionnaires en moins pour #Fillon et 500 000 euros en plus d’argent public dans la poche de sa femme !» s’agace un autre. «Imagine-t-on le Général de Gaule embaucher tante Yvonne ?» a ironisé François de Rugy.

Quel impact politique aura cette affaire sur la campagne électorale de François Fillon ? Si aucune preuve concrète d’un éventuel emploi fictif n’a été avancée, elle risque cependant d’entacher son image de droiture, de transparence et d’austérité d’autant que, selon le Canard Enchaîné, il aurait aussi obtenu de son ami le financier Marc Ladreit de Lacharrière, propriétaire de la Revue des deux Mondes, qu’il verse 100 000 euros à sa femme en 2012 et 2013 en tant que «conseillère littéraire» alors qu’en réalité elle n’a signé que «deux ou peut-être trois notes de lecture», selon le directeur de l’époque, «sidéré».

Dans un communiqué publié hier, François Fillon a indiqué qu’il souhaitait être reçu par le parquet financier pour rétablir la vérité et «mettre un terme à cette campagne de calomnie et à ces accusations sans fondement». «Je me battrai pour que triomphe la vérité et pour défendre mon honneur».

Une enquête préliminaire ouverte

Le parquet national financier a ouvert hier une enquête préliminaire à la suite des révélations du Canard Enchaîné sur des emplois présumés fictifs occupés par l’épouse de François Fillon. Des emplois qui lui auraient rapporté 500.000 euros brut entre 1998 et 2012. Les magistrats souhaitent vérifier si Pénélope Fillon a fourni des prestations en échange des confortables salaires versés pour des emplois d’assistante parlementaire et de collaboratrice au sein d’une revue. L’enquête a été ouverte pour «détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et recel de ces délits» et confiée à l’Office central de lutte contre les infractions financières et fiscales (OCLCIFF), a précisé le parquet dans un communiqué.

De son côté, l’association Anticor, qui lutte contre la corruption et la fraude fiscale, a indiqué qu’elle envisageait de saisir la justice si «personne ne fait rien», tout en reconnaissant «qu’il sera très compliqué de prouver que les postes occupés par Penelope Fillon étaient des emplois de complaisance».

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