La la land, génie ou mascarade ?

Après le large succès de Whiplash, Damien Chazelle était attendu au tournant avec son onirique La La Land. Beaucoup de bruit pour rien ? Les avis convergent, mais une chose est sûre : le film ne laisse pas de marbre.

À seulement 32 ans, Damien Chazelle en est déjà à son troisième film en tant que réalisateur. Jusqu’ici, le jeune cinéaste connaît un triomphe : la petite merveille Whiplash, avec Miles Teller et J.K Simmons, avait déjà reçu des prix dans un bon nombre de festivals, notamment le Grand prix du jury et le Prix du public du Sundance en 2014. En ce qui concerne La la land, le réalisateur touche les étoiles avec le duo Emma Stone / Ryan Gosling. Le film a pris toute la lumière aux Golden Globes avec sept récompenses et poursuit tranquillement sa route vers les Oscars avec 14 nominations. Rien que ça.

Mais qu’est ce qu’on lui trouve de si particulier, à La La Land ?

Déjà, il faut savoir que les avis sont tranchés. Soit on adore, (vraiment, ADORE, en lettres capitales), soit on déteste, au point de vouloir cracher sur Hollywood et brûler un cinéma. Un petit point sur ce qui font ses forces et ses faiblesses s’impose.

La la land 2

Bienvenue au pays des rêves

Une chose que ni ses détracteurs, ni personne ne pourra lui enlever, c’est sa réalisation. Tout le monde peut se mettre d’accord sur le caractère soigné du travail de Monsieur Chazelle. On observe une remarquable maîtrise de son univers, flottant et coloré, saupoudré d’une pointe d’absurde bien appréciée, peut être trop peu exploitée. On pense à la scène de l’auditorium qui flirte avec le kitsch mais qui lui rend bien, et à la scène finale, l’ultime hommage aux comédies musicales sur fond de décors carton-pâte.
Au niveau de la technique, Chazelle a relevé le pari des plans séquences, qui nous coupent le souffle dès la scène d’exposition. Couplé d’une photographie sublime, La la land ne voit pas son invitation à l’onirisme refusé.

La la land 3

Un scénario qui fait défaut

C’est peut être ce qui lui a fait défaut : à peaufiner autant son univers et ses décors, il a bâti son monde merveilleux sur des bases creuses. On a envie de toucher les étoiles, on a envie de décoller c’est certain, tout nous y pousse, c’est d’ailleurs pour ça qu’on est allé voir le film. Le parti pris déroute, perdu entre le premier degré qui découle du rôle que s’est donné Chazelle de faire honneur aux comédies musicales et un second qui cherche à conquérir un public insensible aux vocalises. On ne sait, ironiquement, pas sur quel pied danser et on reste finalement à Terre. À défaut d’avoir voulu un résultat léger, on tombe dans le vide. L’histoire peine à commencer et observe une thématique prévisible qui aurait pu être agréable à travers le prisme du second degré. Le réalisateur se perd entre cette caricature de clichés et un vrai propos autour du rêve auquel on a du mal à s’identifier. Le duo, même s’il excelle à l’écran – on se souvient du déjanté Crazy Stupid Love de John Requa, qui avait super bien fonctionné du fait de son second degré ambiant- interprète ici des personnages peu attachants et peu convaincants.

En outre, on assiste à une survente de rêve, et l’unique propos est loin d’être nuancé. Le manque de subtilité de certaines scènes gâche un peu la fête, de même de la prévisibilité du scénario.

Un hommage moderne

Damien Chazelle réussit néanmoins sa volonté de faire hommage aux comédies musicales. On prend plaisir à observer les références, des Demoiselles de Rochefort dès la première séquence, aux Parapluies de Cherbourg en passant par Moulin Rouge, les clins d’œil ne manquent pas. Certes, accueillir un film comme La la land dans un paysage cinématographique frileux de comédies musicale ravit.

Le film fait également office d’ode à Hollywood, City of stars*, génératrice de rêves et de désespoir. Le tout accompagné d’une bande-originale qui, il faut le dire reste bien en tête… Mais qui n’en reste pas moins sublime.

Si on est du côté des émerveillés, on ressort avec des étoiles dans les yeux de La la land. Si on est du côté de ceux qui auraient préféré un peu plus de détachement dans tout ce mélodrame mielleux, grosse, grosse frustration parce qu’à la sortie on est face à tous les éléments pour que ce film soit exceptionnel, fâcheusement rattrapé par le vide de l’histoire. Il aura réussi à mettre au moins tout le monde d’accord sur un point, impossible de rester impassible.

City of stars*, Ville des étoiles, titre tiré de la bande-originale du film

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