Polémique autour de la photo de l’année

Le cliché du photographe Turc Burhan Ozbilci désigné photo de l’année par le jury du World Press Photo 2017, le 13 février dernier, sème la division. Pour certains, elle n’aurait pas dû remporter ce prix.

Burhan Ozbilci, l'homme derrière la photo de l'assassinat de l'ambassadeur russe en Turquie. (Crédit photo : AP /Peter Dejong)
Burhan Ozbilci, l’homme derrière la photo de l’assassinat de l’ambassadeur russe en Turquie. (Crédit photo : Peter Dejong)

Elle ne fait pas l’unanimité. L’image avait été réalisée quelques instants après l’assassinat de l’ambassadeur russe à Ankara, Alexeï Karlov, par un policier turc, le 19 décembre 2016. Immortalisant un meurtre prémédité, elle avait été visionnée 18 millions de fois dans les heures qui ont suivi l’assassinat. Cette photo, c’est celle du photographe turc Burhan Ozbilici, qui a remporté  le 13 février dernier, le premier prix du 59e World Press Photo, le plus prestigieux concours de photojournalisme.

Cette désignation « n’a pas été facile » pour le jury. » « Mais à la fin nous avions le sentiment que l’image de l’année était une image explosive qui témoignait vraiment de la haine de notre époque », s’est-il expliqué. Pour autant, aussitôt dévoilé, ce choix  suscité une controverse.

Le Président du jury lui-même, Stuart Franklin, a signé un édito dans le journal britannique The Guardian pour souligner le caractère « moralement problématique » de cette victoire. Pour lui,  » Cette image de la terreur n’aurait jamais dû devenir la photo de l’année « .

Saluant  néanmoins « le sang-froid, la bravoure et la compétence » du photographe, il ajoute :

« La photo d’Ozbilici est, sans conteste, percutante. Pourtant, alors que j’étais absolument d’accord pour lui décerner le prix de la catégorie informations générales – qu’il a également remporté – j’étais fermement opposé à ce qu’elle devienne la photo de l’année. Mes arguments ont perdu de justesse. J’ai voté contre. Désolé, Burhan. C’est la photographie d’un meurtre, d’un meurtrier et d’une victime, les deux présents sur la même image. Moralement, la publication de cette photo est aussi problématique à publier qu’une décapitation terroriste.

Le meurtrier, Mevlüt Mert Altintas, 22 ans, est un policier des forces antiémeute qui a pu aisément contourner les contrôles de sécurité installés dans la galerie d’art en montrant son badge professionnel. (Crédit photo : Burhan Ozbilici)
Le meurtrier, Mevlüt Mert Altintas, 22 ans, est un policier des forces antiémeute qui a pu aisément contourner les contrôles de sécurité installés dans la galerie d’art en montrant son badge professionnel.
(Crédit photo : Burhan Ozbilici)

De son côté, l’ambassade de Russie a Ankara s’est empressée de condamner le choix du jury, dans un message publié sur sa page Facebook. Pour l’ambassade, cette décision constitue une « déchéance complète de l’éthique et des valeurs morales ». Faire « la propagande de l’horreur du terrorisme est inacceptable », a-t-elle ajouté.

Quelques-uns ont partagé ce sentiment sur les réseaux sociaux.

Pourtant ce n’est pas la première fois que l’image d’un assassinat remporte ce prix. Comme le rappelle Stuart Franklin, c’est la troisième fois. La plus célèbre est celle du meurtre d’un suspect vietcong, prise par Eddie Adams en 1968.

Lynda Zerouk

Photo à la Une (Crédit photo : AP /Peter Dejong)

 

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