Seth Meyers : le Honest Trailer des films à Oscars

Les Oscars ont lieu ce dimanche 26 février, et le grand favori de la cérémonie est évidemment Lalaland, fort de ses quatorze nominations. Unanimement salué par la critique et le public, le film de Damien Chazelle est une bouffée d’air frais, un vibrant hommage au Hollywood des années 50. Tout le contraire de Manchester by the sea, un mélodrame larmoyant calibré, formaté pour rafler toutes les statuettes.  

A la tête de son Late Night Show, Seth Meyers a décidé de faire un Honest Trailer des films à Oscars. Mais qu’est-ce qu’un Honest Trailer ? Initié par les Screen Junkies, il consiste à démolir toutes les promesses de la bande-annonce et de dresser une critique acerbe et percutante de ce qu’est RÉELLEMENT le film. Reprenant ce concept, l’animateur américain a tout simplement mis les « aimants à oscars » en PLS, quitte à s’inspirer volontiers de Manchester by the sea pour la mise en forme !

La sortie

C’est un secret pour personne, il y a des périodes plus favorables que d’autres pour entrer dans la course aux récompenses. Les Goncourt et Renaudot étant délivrés en novembre, les éditeurs mettent en avant leurs « meilleurs » auteurs en septembre – octobre. Et bien pour les Oscars, on est plus sur du novembre – décembre. Que ce soit Lalaland, Moonlight, Jackie, ou Manchester by the sea, tous les prétendants sont sortis entre ces deux mois charnières. Et c’est cette intention clairement affichée de se poser candidat pour les nominations qui irrite le présentateur : autrement dit si ton film sort en dehors de ces deux mois bien précis il est disqualifié d’office !

Les critiques

C’est connu, plus vous avez les critiques presse de votre côté, plus vous avez de chances d’être qualifié pour le grand show. Manchester by the sea et Lalaland ont récolté une pluie de critiques positives, jusqu’à l’écoeurement pour certains spectateurs qui sont restés cois devant autant de ferveur et d’admiration. En France aussi nous avons eu nos chouchous des médias comme Des hommes et des dieux, Guillaume et les garçons à table, deux films nominés dans un paquet de catégories aux Césars parce que les critiques en avaient décidé ainsi. La presse joue un rôle prépondérant dans le choix des nominés, que ce soit en France ou aux US. Mais les américains ont le bon goût de choisir de « bons » films qui parviennent  à attirer les foules ! On ne peut pas en dire autant de notre côté…

Le jeu d’acteur

Casey Affleck, le petit frère du grand Ben, a raflé un Golden Globe et un Bafta du meilleur acteur pour Manchester by the sea. L’Académie a pour habitude de ne JAMAIS récompenser des performances d’acteurs dans des comédies, un genre pas assez noble sans doute – Molière lui-même en avait souffert au XVIIe donc ça date pas d’hier ! Résultat, si vous espérez être reconnus par vos pairs, privilégiez un rôle profondément dramatique, larmoyant à souhait, un tire-larmes sans queue ni tête, quitte à verser dans le ridicule. Avec Seth Meyers, l’acteur principal pleure, la femme qui fait ses courses pleure, même le postier pleure. Ou quand la performance prend le pas sur la cohérence…

Les thèmes clés

L’Académie ne nomme pas n’importe quel film, elle a ses chouchous comme les biopics (Jackie) et les comédies musicales. Si votre film n’entre dans aucune des deux catégories, il va falloir aborder des questions de société : les tensions raciales, l’homosexualité latente (ou affichée comme dans Moonlight), la rédemption… Une quête de rédemption dont se moque allègrement Seth Meyers : lorsqu’on lui dit d’arrêter de culpabiliser, il révèle qu’il a bu une centaine de verres, puis volé un bus rempli de passagers, puis foncé phares éteints, puis éjecté tous les passagers par la porte arrière, passagers ayant atterri dans un lac gelé où ils ont tous péri. Bref, rien de bien nouveau sous le soleil, et c’est vrai, ces thèmes sont récurrents d’une année à l’autre, mais ils n’en demeurent pas moins nécessaires pour viser l’Oscar du meilleur film. Surtout en 2017 : avec l’élection de Trump, la menace de suppression des droits des LGBT et l’explosion des racismes envers les latinos et les afro-américains, ils sont plus que jamais d’actualité.

Une réalisation au poil

Qui dit bon film dit bon réal. La mise en forme est primordiale dans ce genre de compétition, quitte à rester dans le cliché : des plans fixes où le personnage sonde l’horizon perdu dans ses pensées, des gros plans de mains en toutes circonstances (dans les champs de blé, froissant les draps), des plans séquences faussement impressionnants et absolument inutiles qui n’ont d’autre but que de révéler la dextérité du réal à manier sa caméra… Et aussi ce mouvement de caméra où le personnage se rapproche de la caméra sans bouger, comme flottant dans les airs; ça a de la gueule.

En cinq minutes, Seth Meyers nous révèle l’horrible vérité que nous soupçonnions tous plus ou moins : les films candidats aux Oscars répondent à un cahier des charges précis. Qu’ils en soient conscients ou non, leurs réalisateurs ont formaté, calibré, modelé leur oeuvre pour répondre aux exigences d’une Académie complètement à côté de la plaque, une assemblée de vieux sages ayant cumulé de nombreux manquements, tels que l’absence d’Oscar du meilleur réalisateur à Kubrick, ou du meilleur acteur pour Chaplin.

Crédits photo à la Une: Getty

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