Super-bactéries : vers une hécatombe sur fond de scandale sanitaire ?

La plus grande avancée scientifique de notre ère est sur le point de signer notre arrêt de mort. En effet, certaines bactéries deviennent résistantes aux antibiotiques. Et plus le temps passe, plus la liste de ce que l’on appelle les super-bactéries s’allonge, et plus le nombre de décès augmente. Il devient urgent de s’attaquer à ce qui s’annonce être une crise sanitaire majeure, afin de trouver des portes de sorties à l’hécatombe à venir.

Image de synthèse de bactéries – DR
Image de synthèse de bactéries – DR

En 1928, Alexander Fleming découvre la pénicilline, et son action sur les bactéries. A compter de cette date et jusque dans les années 70, quelques 10.000 molécules antibiotiques sont synthétisées, et l’espérance de vie de ceux qui y ont accès se voit augmenter de 10 ans.

De façon simplifiée, les antibiotiques détruisent ou bloquent la croissance des bactéries. La quasi-totalité des infections bactériennes peuvent être traitées à l’aide de ces molécules miracles.

Miracle, oui, mais de courte durée, car c’était sans compter sur Darwin, et sa théorie sur la sélection naturelle. Selon lui, ce sont les êtres vivants les plus adaptés à leur milieu qui survivent. Ce sont donc eux qui auront le plus de chance de se reproduire, et donc de transmettre leurs gènes. Un animal qui aurait une anomalie génétique, par exemple plus de poils que ses congénères, aura plus de chance de survivre dans un environnement plus froid. Il pourra donc transmettre cette « anomalie positive » à toute sa descendance. Cette mutation se diffusera rapidement à toutes les nouvelles générations de cette espèce. Et c’est exactement la même principe qui s’opère chez les bactéries, chez qui les mutations génétiques sont extrêmement fréquentes, car leur reproduction est exponentielle.

Le problème, c’est que les antibiotiques sont partout : les résidus de ces médicaments, de même que les micro-organismes résistants eux-mêmes, sont présents dans l’eau, le sol et l’air. Une antibio-résistance peut ainsi se répandre dans le monde en quelques heures grâce au commerce et aux voyages internationaux. À cela s’ajoute le problème qu’aucune nouvelle classe d’antibiotiques n’a été mise sur le marché depuis 30 ans et que les conditions actuelles n’incitent guère l’industrie pharmaceutique à en mettre au point. Beaucoup de sociétés estiment la rentabilité insuffisante par rapport à l’investissement nécessaire.

Et les scénarios envisagés ne présagent rien de bon. En effet, la tendance est catastrophique : selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les super-bactéries pourraient causer la mort de 10 millions de personnes par an à l’horizon 2050, soit plus que le cancer. Et déjà, elles seraient selon les estimations de l’ONU à l’origine de 700.000 décès chaque année dans le monde (dont 23.000 rien qu’aux Etats-Unis). D’ailleurs, il y a quelques mois, une américaine est morte suite à une infection bactérienne, malgré l’injection de 26 antibiotiques différents.

L’OMS dresse une liste de 12 familles de super-bactéries très dangereuses

L’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui veut empêcher la résurgence de maladies infectieuses incurables, a publié le 27 février 2017 une liste de 12 familles de bactéries contre lesquelles elle juge urgent de développer de nouveaux antibiotiques.

« La résistance aux antibiotiques augmente et nous épuisons rapidement nos options thérapeutiques. Si on laisse faire le marché, les nouveaux antibiotiques dont nous avons le besoin le plus urgent ne seront pas mis au point à temps » Marie-Paule Kieny, sous-directrice générale à l’OMS pour les systèmes de santé et l’innovation.

Trois catégories ont été précisément identifiées, selon l’urgence de trouver de nouvelles solutions thérapeutiques (critique, élevée ou moyenne). Dans la première, la plus dangereuse, on trouve les bactéries suivantes : celles de type « acinetobacter », celles de type « pseudomonas » et plusieurs entérobactéries qui peuvent provoquer des infections sévères, voire mortelles, telles que des infections sanguines et des pneumonies. Les deux autres groupes sont également résistants, mais les maladies qu’elle sans entraînent sont d’une gravité moindre comme la gonorrhée (la chtouille) ou des intoxications alimentaires par des salmonelles.

L’Organisation mondiale de la santé a répété à plusieurs reprises que si rien n’est fait, le monde file vers une « ère post-antibiotique, dans laquelle les infections courantes pourront recommencer à tuer ».

« C’est une course contre la montre. On est constamment en train d’essayer de rattraper l’évolution des bactéries » Marc Lemonnier, pour l’AFP.

S’il est crucial d’intensifier la recherche-développement, elle ne résoudra pas à elle seule le problème. Pour combattre la résistance, il faut améliorer la prévention des infections et l’usage approprié des antibiotiques chez l’homme comme chez l’animal, de même que l’usage rationnel des nouveaux antibiotiques qui seront mis au point à l’avenir.

La faute aux laboratoires pharmaceutiques ?

C’est sur ce point, qui constitue la première part de responsabilité de l’industrie pharmaceutique, que l’OMS essayait d’interpeler avec son rapport. De par leur prix peu élevé et leur volume de distribution important, les antibiotiques sont devenus des biens de consommation courante. Les grands laboratoires pharmaceutiques ont tranquillement délaissé la recherche dans ce domaine pour se concentrer sur des médicaments au profit plus élevé, tels que ceux utilisés pour le diabète ou le cancer. Il est en effet bien plus lucratif de développer des médicaments qui soulagent des affections chroniques, voire incurable, plutôt que des produits qui ne sont utilisés que très ponctuellement. De plus, un antibiotique met souvent du temps à être rentable, les médecins préférant attendre que la génération précédente devienne vraiment inefficace avant de se tourner vers les nouvelles molécules disponibles.

L’utilisation irraisonnée des antibiotiques tant en santé humaine qu’animale sont les raisons généralement avancées pour expliquer la baisse d’efficacité des antibiotiques, mais il faut aussi y ajouter la pollution issue de l’activité pharmaceutique. Et c’est ce second point qui fait de l’industrie pharmaceutique l’essentiel responsable de la crise sanitaire à venir. 90% des antibiotiques sont fabriqués en Chine et conditionnés en Inde, et on connaît le sérieux de ces deux pays en matière de normes environnementales. Ce qui est problématique, ce sont les rejets massifs d’effluents des usines dans l’environnement. Des résidus d’antibiotiques se retrouvent dans tous les fleuves chinois et ces molécules sont détectées jusqu’en Mer de Chine. Le chercheur suédois Joakim Larsson a publié en 2007 une série d’études montrant que les effluents sortant d’une station d’épuration des eaux de 90 usines pharmaceutiques de Patancheru, près d’Hyderabad en Inde ont des concentrations d’antibiotiques supérieures à celle du sang d’un patient sous traitement ! C’est cette pollution massive qui est en train de créer des super-bactéries. Dans le sol ou les eaux à des teneurs de principes actifs si élevés, la plupart des bactéries meurent, sauf les plus résistantes. Sont ainsi sélectionnés des microbes où 86% des souches retrouvées sont désormais résistantes.

Ainsi, le problème a des origines diverses, et ne peut être réglé facilement. « Un réel changement nécessite des politiques publiques, une législation et une collaboration multi-sectorielle efficaces, et la mise au point de nouveaux médicaments ». L’antibio-résistance est une urgence sanitaire mondiale à laquelle il faut s’attaquer dès maintenant, avant qu’il ne soit trop tard.

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