[VIDEO] Charlette Thévenon, une vie au fil de l’eau

Charlette Thévenon, 86 ans, vit sur le Port de l’Arsenal depuis sa création en 1982. Elle a passé dix ans à naviguer en Méditerranée, avant de larguer les amarres à Paris. Doyenne des plaisanciers, Charlette transmet ses souvenirs et sa bonne humeur aux habitants du port.

Du pont de sa péniche, Charlette anime la vie du port. Crédit/DR

Poussée par la brise qui remonte le fleuve, Charlette Thévenon trottine sur le béton irrégulier du Port de l’Arsenal. Elle a enfilé son chandail rouge et ses pantoufles en caoutchouc pour saluer, comme chaque matin, ses voisins du quai. La veuve de 86 ans s’arrête près d’une péniche en bois verni, amarrée il y a peu. Cette belle embarcation d’une vingtaine de mètres est tenue par un couple suisse. Le verbe facile de Charlette et son entrain ponctuent une discussion à peine engagée avec ce binôme timide. « A 17h, venez boire un pot », pose-t-elle d’une voix flutée et chaleureuse. Le rendez-vous est pris.

Dans ce bassin qui relie le canal Saint-martin à la Seine, une telle invitation ne se refuse pas. Des plaisanciers aux badauds flânant au milieu du jardin de l’Arsenal, tout le monde connaît Charlette, l’aventurière. Avec son mari, elle a longtemps vogué sur la Méditerranée. Prenant pour seul cap une vie de voyages, toujours au fil de l’eau. Puis, aux commandes du Phoque, leur péniche, les deux marins ont posé l’ancre au Port de l’Arsenal en 1982, l’année de sa création. Charlette n’a plus quitté ces quais là.

Au port, elle n’est jamais seule

Les souvenirs de ces longues croisières en mer sont affichés sur des meubles en bois. Des centaines d’objets chinés dans le monde entier et plus de 3000 livres envahissent l’embarcation, de la timonerie jusqu’à la petite cuisine à l’arrière du bateau. Un intérieur digne d’une brocante qui laisse les nombreux visiteurs de Charlette à leurs songes. Ici, la plaisancière a chassé la solitude qui accompagne souvent les vieilles âmes. Tous les jeudis soir, elle anime un atelier conversation avec les hivernants étrangers. « Dans une maison je ne verrais personne. Au port, il y a toutes les générations, chacun accueille l’autre. J’ai un certain âge, si un membre de la capitainerie ne me voit pas pendant quelques jours, il s’inquiétera. Ce qui n’est pas le cas d’un voisin, dans un immeuble »,  explique-t-elle, tout en nous servant un verre de Birlou, une liqueur aux parfums de pomme et châtaigne qu’elle réserve toujours à ses invités.

« Offrez-moi ce qu’il vous plaira, un château, une villa… Je n’en voudrai pas. J’ai plus de quarante ans de bonheur sur l’eau ».

Charlette ne quitterait son bateau pour rien au monde. Même si la vie qu’elle s’est choisie coûte très cher. Car pour des raisons fiscales, elle doit être propriétaire d’un logement à terre et s’acquitter d’une redevance de 700 euros aux Voies Navigables de France« Offrez-moi ce qu’il vous plaira, un château, une villa… Je n’en voudrai pas. J’ai plus de quarante ans de bonheur sur l’eau », sourit-elle. La doyenne du port s’est acheté un peu de liberté. Si elle le souhaite, elle peut tourner la clé, prendre la barre et filer. Mais elle ne navigue pratiquement plus.

Charlette ne quitte le port de l’Arsenal qu’une fois par an, pour aller s’installer à la Villette. Tous les bateaux doivent quitter le port au moins vingt et un jours par an pour libérer de la place. Mais elle revient vite pour retrouver son village sur l’eau.

 

 Crédit image à la Une/DR

 

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